À la fin des années 1980, les PTT constituent une grande administration autofinancée de 460 000 agents, presque tous fonctionnaires, gérant banque, courrier, colis et téléphone. La loi du 2 juillet 1990 les scinde en deux établissements publics autonomes : France Télécom et La Poste. Pour rassurer les personnels, trois « remparts » sont prévus : un statut de personnes morales de droit public, le maintien du statut de fonctionnaire régi par les titres I et II, et la limitation du recours aux salariés de droit privé. Une « friandise » complète l’ensemble : l’amélioration des grilles indiciaires par les reclassifications de 1991 et 1993.
Mais le Conseil d’État requalifie ces entités en EPIC, ouvrant la voie à l’embauche de salariés de droit privé. Les concours disparaissent, les deux opérateurs deviennent des sociétés anonymes (France Télécom en 1997, La Poste en 2010) et les corps de fonctionnaires sont mis en extinction, réduisant les possibilités de promotion. Les fonctionnaires, exclus des catégories A, B, C, sont oubliés dans les réformes de grilles : dès 1996, les écarts d’indice se creusent fortement. Les représentants FO interviennent sans relâche devant les instances de la fonction publique d’État et auprès des opérateurs.
À La Poste, une ouverture est obtenue en 2015 : entre 2016 et 2022, des rattrapages interviennent pour la classe I, le début de la classe II et le III.1, partiellement pour les II.3, III.2, III.3 et CS, mais les emplois supérieurs restent exclus. Le ministère de l’économie bloque les décrets durant deux ans et demi et abaisse certains derniers échelons, annulant ceux concernant les emplois supérieurs. À Orange, la situation est similaire, sauf pour le II.3 aligné sur le III.1.
Le bilan de la réforme Quilès apparaît négatif : 130 000 emplois supprimés, remplacement massif des fonctionnaires par des salariés moins protégés et moins bien payés, difficultés des opérateurs et baisse du service public. FO continue d’agir pour les fonctionnaires encore en activité. Une audience va être demandée aux services techniques de la Première ministre, avec l’appui de la FGF-FO, afin de défendre notamment les II.3, III.3 et les emplois supérieurs, très en retard par rapport aux équivalents de la fonction publique.
Selon cette analyse, ce qui s’est produit dans les deux opérateurs sert aujourd’hui d’exemple pour l’ensemble des fonctions publiques, la loi du 6 août 2019 ouvrant le recrutement d’agents non titulaires sans limitation. Cela pourrait conduire à la disparition des fonctionnaires et à la privatisation des services publics, au détriment de la protection des citoyens et de la démocratie.
La folle histoire des fonctionnaires de La Poste et d’Orange – Fo Communication